Il faut marcher une demi-heure dans le lit de l'oued, entre des parois qui se resserrent, avant de comprendre pourquoi Archeï est ce qu'elle est. Le canyon fait quelques mètres de large et trois cents mètres de haut. Le soleil n'y entre qu'au zénith. C'est cette géométrie qui a sauvé l'eau — et ce qui vit dedans.
Entre 10 000 et 4 000 ans avant notre ère, le Sahara était une savane arrosée, parcourue de fleuves et de lacs. Le crocodile du Nil y était partout. Puis la mousson s'est retirée vers le sud, les rivières se sont taries, et l'immense majorité de cette faune a disparu ou a suivi l'eau.
À Archeï, quelques individus sont restés. Le canyon, trop encaissé pour que l'évaporation l'emporte, a gardé une réserve permanente alimentée par l'inféroflux — l'eau stockée dans les alluvions de l'oued. La population s'est retrouvée coupée du reste de l'espèce, à plus de mille kilomètres du fleuve le plus proche.
Ce qu'on observe aujourd'hui est le résultat de plusieurs millénaires d'isolement dans un espace minuscule. Ces crocodiles sont nettement plus petits que leurs congénères — une réponse classique à la contrainte de ressources. Ils se nourrissent de poissons, d'amphibiens, et de ce que le canyon veut bien leur donner.
On les observe depuis le belvédère, en surplomb, jamais depuis la berge. La règle vaut autant pour eux que pour les troupeaux : chaque jour, des centaines de dromadaires descendent le canyon pour boire, et c'est ce va-et-vient qui donne à l'eau sa couleur d'encre. Archeï n'est pas un décor. C'est le point d'eau dont dépend l'économie pastorale de tout le massif.



