Devant un abri peint de l'Ennedi, le premier réflexe est de chercher une scène. C'est une erreur : ce qu'on a sous les yeux n'est presque jamais une composition unique, mais un palimpseste — des générations qui ont peint par-dessus les précédentes, parfois à des milliers d'années d'écart.
Regardez d'abord les animaux. C'est le marqueur le plus fiable. L'éléphant, la girafe, le rhinocéros et l'hippopotame appartiennent à la période bubaline, la plus ancienne : un Sahara humide, peuplé de chasseurs. Les grands troupeaux de bovins tachetés signalent la période bovidienne, l'âge d'or pastoral. Le cheval attelé à un char annonce la période caballine, quand le désert s'installe et que s'ouvrent les pistes transsahariennes. Le dromadaire, enfin, signe la période cameline — le Sahara tel qu'on le connaît.
Ensuite, la technique. Les gravures profondes et polies sont généralement les plus anciennes. Les peintures polychromes — ocre rouge, blanc, jaune — appartiennent au sommet de la période bovidienne. Les figures camelines sont souvent des tracés clairs, rapides, parfois de simples incisions.
Enfin, les superpositions. Quand une silhouette de dromadaire traverse un troupeau de vaches, l'ordre est sans ambiguïté. C'est en accumulant ces recoupements que les préhistoriens ont construit la chronologie du Sahara central.
Une règle absolue. Ne mouillez jamais une paroi pour raviver les couleurs. C'est une pratique encore répandue et elle est destructrice : elle dissout les liants, entraîne les pigments et détruit en quelques secondes ce que sept mille ans avaient laissé intact. Pas de flash non plus sur les panneaux peints. Photographiez tôt le matin, en lumière rasante — les couleurs ressortent bien mieux qu'en plein soleil.
